La princesse de Tour et Taxis raconte dans ses Souvenirs[3]: lors d’une promenade au bord de la mer, le long des falaises abruptes, Rilke aurait eu soudainement l’impression d’être appelé et d’entendre une voix dans le grondement de la bora (le vent du nord-est) lui crier : «Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel Ordnungen ?» (« Qui, si je criais, m’entendrait donc depuis les ordres des anges ? Figure double propre au «Weltinnenraum», la nuit est à la fois intime et infini, proche et lointaine. La fin de l’élégie est une parabole sur la souffrance face à la mort d’un être, qui se sublime grâce au chant de plainte : l’élégie. C’est le poème de l’affirmation, de la célébration de l’être et du monde : «Hiersein ist herrlich» (v.38) («Il est merveilleux d’être ici»)[22]. Être dans l'«Ouvert», c’est se porter dans le «pur espace»[10] au-delà de toute temporalité. Un seul sentiment de l’Amante, la grande attente, égale l’Ange : «Mais rien même Pour eux, le monde est ventre : «toujours demeure dans le ventre qui l’a porté» (v.53)[22], «car tout est ventre» (v.55)[22]. Picasso depicts a family of travelling acrobats. Seuls nos yeux sont comme retournés et posés autour d'elle tels des pièges pour encercler sa libre issue. Mais l’allégorie «Madame Lamort» (v.89) (en français dans le texte) rode et exerce son métier de «modiste»(v.89) sur les places de Paris recyclant «les rubans» (v.90) des morts. Alors que nous, les humains, avec notre conscience qui nous sépare du monde, se tenant «en face» de lui, sommes affublés d’un Destin : «C’est cela qu’on appelle Destin : être en face et rien d’autre et toujours en face (gegenüber).» (v.33-34)[22]. « L’ange des Élégies de Duino est la créature chez qui la transformation du Visible en Invisible à quoi nous nous employons apparaît déjà accomplie. Dans tout le recueil, il y a une alternance sensible entre l’abattement et l’exaltation, entre le requiem et l’hymne. Diffusion sur France Culture le 7 juillet 2020. Rilke was one of the most gifted poets ever in his use of the traditional tools of poetry: rhyme, meter, asonance, alliteration, vowel music, etc.. La dernière modification de cette page a été faite le 12 octobre 2020 à 12:31. ô maison, ô prairie, ô lumière du soir, du Seuil, 1976, Lettre du 16 février 1922, Rainer Maria Rilke / Lou Andréas-Salomé, Correspondance, traduction Philippe Jaccottet, Gallimard, 1985, Souvenirs sur Rainer Maria Rilke, préf. La thématique de la Nuit traverse presque tout le recueil. Poème Huitième Élégie de Duino. Édition établie par Erich Unglaub. L’Ange n’a pas d’ancrage théologique, il est un être mythique à fonction poétologique. La Quatrième Élégie et la Sixième Élégie sont écrites en vers blancs. Un cycle de poèmes rassemblés sous le titre «A la nuit» écrit à la même époque que les premières Élégies de Duino a été qualifié de « laboratoire »[20] des Élégies. De tous ses yeux la créature voit l'Ouvert. Au début (v.1-5) le poète invoque l'Ange par le «cri» poétique, mais les premiers doutes apparaissent : la figure inaccessible de l'Ange, l'incapacité du poète à accueillir la Beauté et son trop-plein d'existence («stärkeren Dasein»), L'Ange et la Beauté sont qualifiés de terrible («schrecklich»). © Getty / Fine Art Images / Images du patrimoine. Ô, moi, qui veut grandir, Un même espace unit tous les êtres : espace Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre. Dans «l’Ouvert», la temporalité n’est plus : «Et là où nous voyons de l’avenir, lui voit tout et lui-même dans tout et sauvé pour toujours.» (v.41-42)[22]. Les amants (v.11) sont de nouveau appelés comme exemple d’un espoir qui échoue à l’instar de la Deuxième Élégie. Les Saltimbanques sont pris comme un symbole des activités humaines, en particulier des amants. Elle commence avec l’espoir «Qu’un beau jour (…) monte mon chant d’allégresse et de gloire vers des anges en accord» (v.1-2)[22]. «La formule clé de la poétique rilkéenne : le temps est espace» écrit Maurice Regnaut[14]. L’espace signifie chez Rilke à la fois l’espace intérieur du cœur humain, l’intériorité, invisible, et l’espace du monde extérieur, visible. Les «étoiles du Pays de la Douleur» forment des «constellations» : «Couronne de fruit», «Chemin», «Livre ardent», «Fenêtre». Les très nombreuses traductions des Élégies de Duino témoignent du fort attrait qu'a exercé l’œuvre tout au long du 20e siècle (en particulier à partir des années 1970) jusqu'à nos jours. Les deux derniers versets se terminent par la dénonciation de la raison humaine qui essaie vainement d’agencer le monde. L'influence des Élégies s'étend au-delà de l'espace littéraire et culturel européen: en plus de traductions en anglais, espagnol, italien, portugais, hongrois, suédois ou encore danois, il existe entre autres des traductions en arabe, chinois, coréen et japonais. On trouve aussi une allusion au mythe de Léda. L’image de la pyramide humaine, aux mouvements et aux agencements multiples, est prise comme arbre de vie (v.44). Corriger le poème. «Le désir constant de Rilke est de conférer à l’intériorité une dimension monumentale» écrit Eudo C. Mason[13]. du Seuil, 1976, Rilke, Lettre du 19 février 1922 in Œuvres III, Correspondance, édition établie par Philippe Jaccottet, traduction de Blaise Briod, Philippe Jaccottet et Pierre Klossowski, Paris, éd. Mais là-derrière, a-t-on franchi l’une quelconque des fortes poternes, s’élève, non moins impraticable que la mer le Karst vide; et l’œil ainsi nettoyé de tout détail est particulièrement touché par le petit jardin du château qui se risque, comme le ressac là où le bâtiment lui-même ne forme pas toute la pente; puis le parc, qui profite du premier éperon, prend de l’importance; c’est là que se dressent les ruines vides de l’édifice qui précéda ce château, lui-même immémorial, et sur les bastions duquel Dante, selon la tradition, se serait attardé.» Rilke, Lettre du 25 octobre 1911[1], Une sorte de mysticisme entoure la naissance de la première élégie. Pour la première fois, nous aurons accès à l’ensemble de la correspondance avec la parution des onze lettres écrites par le “ jeune poète”, Franz Xaver Kappus. Les Élégies de Duino sont considérées, au même titre que les Sonnets à Orphée, comme un de ses chefs-d’œuvre, et ont marqué durablement le paysage poétique moderne et philosophique. Le 13 novembre 1925[1] à son traducteur polonais, Rilke écrit : commencée début février 1912 à Duino, achevée en automne 1913 à Paris. Comme la Première, la Deuxième et la Dixième Élégie, elle commence par interroger le pouvoir du «cri» (v.2), du chant poétique. Gedichte an die Nacht Insel, Francfort, 1978, Essais, conférences, critiques, aphorismes et réflexions, traduction Philippe Jacottet, Seuil, 1984, Traduction Jean-Pierre Lefebvre in Œuvres poétiques et théâtrales, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997, Lettre du 15 février 1922 in Œuvres III, Correspondance, édition établie par Philippe Jaccottet, traduction de Blaise Briod, Philippe Jaccottet et Pierre Klossowski, Paris, éd.